Introduction : L’épisode de l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta a laissé derrière lui un goût particulièrement amer, constate le quotidien madrilène “El País”. Du Maroc à l’Espagne, jusqu’à l’Union européenne, toutes les parties en jeu ont fait preuve d’hypocrisie, et tout le monde sort finalement affaibli de cette affaire…
Comme le veut l’opacité habituelle d’un régime autoritaire, les communications officielles ont été partiales et en décalage avec la réalité des faits. Le summum de l’hypocrisie a été atteint quand le Maroc a déclaré garantir qu’il resterait un partenaire “loyal et responsable”…
Y a-t-il un lien direct entre la régularisation et l’entrée massive de migrants dans Ceuta ? Non, a reconnu le commissaire européen aux Affaires intérieures et aux Migrations, Magnus Brunner. Y a-t-il un risque de déplacement notoire des personnes arrivées à Ceuta vers d’autres pays ? Non. Y a-t-il des risques notables en matière de sécurité ? Rien de rationnel ne le laisse entendre. Alors comment expliquer cette mascarade sur Schengen ? Elle tient à des calculs politiques inavoués : surfer sur la vague de l’intransigeance migratoire pour engranger des votes et ébranler un gouvernement, celui de Sánchez, qui se démarque de certains consensus et agace parfois pour cette raison. …
Le festival des hypocrisies déclenché par la crise de Ceuta démontre deux choses. Tout d’abord, le gouvernement de Pedro Sánchez s’est positionné du bon côté de l’histoire sur des questions fondamentales telles que Gaza ou l’Iran, de sorte qu’il est vu d’un bon œil dans les pays des Suds, mais il est objectivement très marginalisé en Europe. Ensuite, l’Europe, au lieu de serrer les rangs, a une tendance suicidaire à se diviser.