Introduction : Dans un manifeste en 22 points, l’entreprise américaine Palantir défend bien plus que l’usage militaire de l’intelligence artificielle. Elle propose une nouvelle légitimité du pouvoir technologique : remplacer les lenteurs de la délibération démocratique par l’efficacité supposée de la croissance, de la sécurité et de la puissance armée…
Le manifeste bute pourtant sur une contradiction. Palantir n’est pas anti-État. Elle veut au contraire un État fort, dépensier, armé, capable de centraliser des données, d’acheter des plateformes et d’agir vite. Ce que Palantir conteste, ce n’est pas la puissance publique comme telle ; c’est la puissance publique lorsqu’elle régule, ralentit, interroge, impose des normes, demande des comptes ou prétend juger la technologie depuis un point de vue extérieur à l’efficacité opérationnelle…
La cible véritable est donc la délibération. Dans le manifeste, les débats sur les armes assistées par l’IA deviennent des spectacles inutiles ; la prudence en politique devient corrosive ; la critique des milliardaires devient une forme de petitesse culturelle ; l’examen public de la vie des puissants devient un obstacle au recrutement de personnalités fortes. Le texte dessine une République où l’action vaut mieux que la discussion, où l’audace vaut mieux que la transparence, où la capacité à construire l’emporte sur la légitimité à décider collectivement de ce qui doit être construit.