Introduction : Le 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne aura lieu le 4 octobre prochain. L’historien et militant Valério Arcary décrypte les immenses enjeux de ce scrutin. Celui-ci met aux prises Luiz Inácio Lula da Silva et le clan Bolsonaro, autour de deux projets politiques et civilisationnels antagoniques. L’échéance sera décisive pour le plus grand pays d’Amérique latine, mais aussi pour l’ensemble du continent. Si treize candidat·es sont en lice, la bataille se jouera entre deux hommes, loin devant les autres dans tous les sondages : le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, qui briguera un quatrième mandat à l’âge de 80 ans pour le Parti des travailleurs (PT) ; face à lui, le poulain de l’extrême droite, Flavio Bolsonaro, 45 ans, membre du Parti libéral (PL) et fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2023). …
Flavio Bolsonaro pourra s’appuyer sur une majorité des suffrages masculins, tandis que plus de 50% des femmes soutiennent Lula ; le président sortant [Lula] gagne le vote de la population noire et métisse, Bolsonaro celui des personnes qui se définissent comme blanches. …
Non. Flavio s’inscrit dans la continuité du bolsonarisme, qui est un mouvement proto-fasciste. Son objectif est clair : s’attaquer à toutes les avancées démocratiques et sociales acquises après la fin de la dictature militaire, en 1984. …Dans cette entreprise, le candidat peut compter sur le soutien d’une large majorité de la classe dominante brésilienne, qui éprouve un profond ressentiment contre Lula et le Parti des travailleurs. ..
Une majorité de la classe dominante veut donc en finir avec le « lulisme ». Cette élite est cependant elle aussi divisée : une partie d’entre elle votera pour Lula à contrecœur. Parce qu’elle est plus attachée à la démocratie, et qu’elle est consciente que la famille Bolsonaro représente le secteur le plus arriéré et brutal de la bourgeoisie brésilienne. ..
A cela s’ajoute l’influence des églises néo-pentecôtistes, liées à l’extrême droite. Au Brésil, 27,5% de la population adulte s’identifie désormais comme évangélique. Le racisme structurel est aussi un élément d’explication important.