Vigilance Orange

L’Espagne déraille, le Royaume-Uni renationalise… et la France libéralise le rail

L’Espagne déraille, le Royaume-Uni renationalise… et la France libéralise le rail

Introduction : Quatre ans après l’ouverture du train à la concurrence, l’Espagne a été le théâtre de trois accidents graves de trains en l’espace de trois jours. Les opérateurs de train ont alors refusé de circuler sur un réseau fortement dégradé avant d’annoncer une grève de trois jours en revendiquant « le rétablissement des normes de sécurité du système ». Un an auparavant, la directrice de RENFE (la SNCF espagnole) était auditionnée par le Sénat français dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de passagers en France. Elle se plaignait de tarifs de péage exorbitants pour l’utilisation du réseau français, péages qui participent pourtant au financement de l’entretien et l’investissement dans les infrastructures ferroviaires. Elle invoquait le cas de l’Espagne où « les concurrents comme Ouigo ou Trenitalia paient des péages pour l’utilisation [des voies], mais pas pour l’investissement ». On voit bien le résultat… et la France suit désormais le même chemin.

Le grand bluff des « valeurs » : les totems creux d'un capitalisme prédateur

Le grand bluff des « valeurs » : les totems creux d'un capitalisme prédateur

Introduction : Les « valeurs » sont un des joujoux favoris de la valetaille médiatico-politique : « valeurs de la République », ânonnent les uns, « valeurs de la civilisation européenne », caquètent les autres. Et puis, il y a la « valeur-travail », bien sûr. Nicolas Sarkozy, grand serviteur pourtant d’une classe d’improductifs, de rentiers et d’assistés d’État, ne déclarait-il pas que « le travail, c’est une valeur essentielle […], c’est une émancipation » ?… Quel sens ont l’effort et le dépassement de soi à l’ère d’un techno-capitalisme qui encourage l’impulsion, l’assouvissement instantané des désirs et le consumérisme sans frein ? Quel sens a une École « républicaine » assiégée par les smartphones et la publicité, que nos prétendus « républicains » laissent prospérer ? Ce n’est pas le règne de la République – la chose publique – qu’ils organisent, mais celui des intérêts et de la propriété privés : le règne du marché… C’est l’éthique cynique du rentier qui s’exprime lorsque Nicolas Sarkozy avance que « le travail, c’est un moyen de conquérir sa liberté », ou quand Emmanuel Macron, son meilleur successeur, parle de « vivre libre et travailler » alors même que les salaires stagnent, que la précarité explose et que les bullshit jobs prolifèrent… Les fétichistes des « valeurs » s’insurgent contre l’« incivisme » tout en faisant silence sur l’optimisation fiscale. Ils déplorent le « laxisme » éducatif, mais laissent les enfants livrés aux nuisances cognitives de l’usage incontrôlé du smartphone. Ils regrettent la « perte du sens de l’effort » tout en précarisant le travail.

Pour **retrouver de la souveraineté**, la France et l’Europe se lancent sur le marché très stratégique des microprocesseurs

Pour **retrouver de la souveraineté**, la France et l’Europe se lancent sur le marché très stratégique des microprocesseurs

Introduction : L’ambition est de rattraper le retard sur ce marché aujourd’hui, dominé par les pays asiatiques, Taiwan, en tête, et par les États-Unis, avec le lancement d’une ligne-pilote de production à Grenoble, sous la houlette d’un organisme français : le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives

« C’EST LEUR MONDE QUI S’EFFONDRE » : la défaite américaine va tout changer - Emmanuel Todd

« C’EST LEUR MONDE QUI S’EFFONDRE » : la défaite américaine va tout changer - Emmanuel Todd

Introduction : Emmanuel TODD est anthropologue, démographe et historien, auteur de « Après l’empire » (2002), « Où en sommes-nous ? » (2027) et « La défaite de l’Occident » (2024). Dans cette interview, il déroule une lecture rationnelle du moment historique que nous vivons. Pour lui, ce n’est pas « le monde » qui vacille, mais l’ordre occidental et les élites qui en vivaient, et qui découvrent trop tard que le centre de gravité a basculé. Il replace la Chine au cœur de la réalité industrielle, décrit l’Amérique en perte de contrôle, et l’Europe en posture de dépendance et d’aveuglement. Ukraine, Groenland, Venezuela, Iran : tout est passé en revue pour comprendre le sens de ce qui arrive. Avec les graphiques inédits d’Élucid, et les analyses sans langue de bois d’Olivier Berruyer, Emmanuel Todd propose une synthèse impressionnante et importante de la réalité économique et géopolitique du monde, pour comprendre et anticiper l’avenir.

Censure et surveillance : surchauffe au Parlement

Censure et surveillance : surchauffe au Parlement

Introduction : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les parlementaires ne parlent pas que du budget. Comme chaque année, ils et elles échangent aussi sur leur autre sujet favori, avec la bénédiction du gouvernement : la dérive autoritaire, avec plus de sécurité, plus de surveillance et plus de censure. Après plusieurs mois de pause parlementaire et à l’approche des municipales où ces sujets peuvent faire office de vitrine électorale, le nombre de lois sécuritaires en discussion explose. C’est l’occasion de faire un petit point sur les sujets du moment.

Pourquoi l'Europe perdrait plus que les États-Unis en cas de guerre commerciale

Pourquoi l'Europe perdrait plus que les États-Unis en cas de guerre commerciale

Introduction : Des droits de douane américains de 25 % sur les importations européennes pourraient nuire à la croissance de plusieurs pays européens, dont la France…. En cas de nouveau bras de fer, pour avoir une chance de ne pas être le grand perdant, l’Europe doit s’attaquer aux entreprises technologiques et financières américaines, selon l’étude.

Budget 2026 : l’injustice fiscale (encore) imposée par la force

Budget 2026 : l’injustice fiscale (encore) imposée par la force

Introduction : Une fois de plus, le gouvernement a passé en force son projet de budget grâce au recours à l’article 49-3. Ce budget, définitivement adopté ce 27 janvier, est placé sous le signe de l’injustice fiscale, dans la continuité des précédents. Les débats ont illustré la volonté farouche des néolibéraux et de l’extrême droite de défendre les intérêts des plus riches et des multinationales. Et les quelques mesures vantées par le pouvoir ne répondent pas aux aspirations d’une très large partie de la population à plus de justice fiscale.

 Trump peut-il vraiment plonger l’Europe dans le chaos numérique ? Le scénario qui inquiète

Trump peut-il vraiment plonger l’Europe dans le chaos numérique ? Le scénario qui inquiète

Introduction : Et d’un coup, le couperet tombe. Donald Trump décide de couper les robinets du numérique vers le Vieux Continent en guise de vengeance. Que se passerait-il alors ? Voici ce dont la France et les autres pays européens disposent pour se passer des Gafam… Tout comme pour Huawei, pour une chute brutale de l’ensemble des services issus des Gafam, le choc ne viendrait pas de la coupure elle-même, mais de ce qu’elle révélerait : des infrastructures critiques construites sur des dépendances que l’on croyait réversibles et… qui ne le sont plus. L’effet de choc et de sidération, même envers des alliés historiques, c’est la nouvelle politique de l’administration Trump. Une politique où l’on doit imaginer l’inimaginable dans tous les domaines, même militaires…. Il faut dire que la puissance de la communication américaine et l’avalanche de nouvelles versions combinées avec le financement colossal des acteurs de l’IA viennent injustement étouffer les atouts de Mistral et du chatbot LeChat. Si celui-ci est peut-être moins pertinent que ChatGPT ChatGPT - © DR comme agent conversationnel généraliste, il est souvent meilleur que les autres pour des tâches spécialisées, dont le codage Codage . Mais ça, le public l’ignore face à l’omniprésence des mastodontes du secteur.

Les relations Chine / États-Unis après l’annonce de Power of Siberia 2

Les relations Chine / États-Unis après l’annonce de Power of Siberia 2

Introduction : Pendant plus d’une décennie, Vladimir Poutine a fait pression sur Xi Jinping pour qu’il approuve le projet de gazoduc de Gazprom connu sous le nom de « Power of Siberia 2 ». Pendant des années, Xi a tergiversé, préférant approfondir les relations de la Chine avec l’Iran, investir au Kazakhstan et dans d’autres pays d’Asie centrale, et injecter des fonds dans la production d’électricité nationale (solaire, éolienne ou nucléaire).

Bloquer les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : l’Assemblée adopte une loi problématique

Bloquer les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : l’Assemblée adopte une loi problématique

Introduction : L’Assemblée nationale a adopté lundi la proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Si Emmanuel Macron a promis qu’il veillerait à ce que la mesure soit appliquée avant le 1er septembre, le texte adopté ne démine pas les principales chausse-trappes, réglementaires, techniques ou juridiques, qui s’opposent à sa mise en œuvre.

ICE : la complicité des entreprises et médias français

ICE : la complicité des entreprises et médias français

Introduction : Dans les deux cas, l’administration Trump a qualifié les victimes de “terroristes” en puissance, au mépris de ce que montrent sans ambiguïté les nombreuses images qui circulent. Il n’empêche que jusqu’en France, de nombreux médias (dont BFM TV, CNews et le JDD) ont minimisé la gravité des faits. Sans doute pire encore : des Big Tech américaines à Capgemini, l’ICE peut compter sur le soutien d’entreprises puissantes.

Les mesures de l'ennemi

Les mesures de l'ennemi

Introduction : Il y a un truc qu’on répète souvent à gauche, c’est de ne pas adopter le langage de l’ennemi : ce qu’on veut dire par là, c’est que les éléments de langage omniprésents dans les médias dominants, derrière une apparence de neutralité, renforcent par essence une idéologie de droite – capitaliste, néolibérale et même à tendance fascisante ces dernières années. L’exemple type, ce sont les « baisses de charges », dont les aspects bénéfiques et « de bons sens » disparaissent dès lors qu’on les désigne comme « baisses de cotisations sociales », voire « baisses de salaire »… ce qu’elles sont, au passage. Du salaire indirect, mais du salaire tout de même, avec des effets très concrets sur notre niveau de vie1. Il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver tout un tas de mots qui ont l’air neutres mais imposent également la même vision de la société : « salarié / salariée » au lieu de « travailleur / travailleuse », nous représentant comme des coûts pour une entreprise (qui verse le salaire dans sa grande mansuétude) en effaçant le fait que nous produisions la richesse ; le fameux « vidéoprotection » au lieu de « vidéosurveillance », masquant l’instauration bien réelle d’une société de surveillance et, au passage, le fait qu’une caméra n’a aucun moyen de vous protéger (à moins de l’utiliser comme un objet contondant).

« Ils nous prennent pour des merdes »: dans les coulisses du dîner de Davos où Christine Lagarde, suivie d'une dizaine d’autres dirigeants, a quitté la table

« Ils nous prennent pour des merdes »: dans les coulisses du dîner de Davos où Christine Lagarde, suivie d'une dizaine d’autres dirigeants, a quitté la table

Introduction : Le Forum économique mondial a acté la rupture entre les Européens et les États-Unis. Avec en tête de pont de la rébellion Christine Lagarde, présidente de la BCE… La révolte de Davos s’est déroulée précisément après le plat, lors de ce dîner donné par Larry Fink, coprésident par intérim du Forum économique mondial et surtout PDG du plus grand groupe de gestion d’actifs du monde, BlackRock. C’était son premier dîner d’ouverture de Davos en tant que « host », puisqu’il vient de prendre ce poste après le départ fracassant du fondateur du World Economic Forum, Klaus Schwab. Et il bouscule les règles, allant pour certains jusqu’à « vendre le forum aux Américains ». « Trump fait ce qu’il veut. C’est en mode : “Et pour déclarer la guerre, c’est combien ?” » observe ainsi un économiste européen.

Denis Sieffert — « La Mauvaise cause : les intellectuels et la propagande israélienne en France » — Les bonnes feuilles

Denis Sieffert — « La Mauvaise cause : les intellectuels et la propagande israélienne en France » — Les bonnes feuilles

Introduction : Sur la base d’une observation scrupuleuse au fil des mois et des années, l’éditorialiste Denis Sieffert dénonce, dans son nouvel ouvrage paru aux éditions Lux, les relais médiatico-politiques de la propagande israélienne en France. Bonnes feuilles choisies…

La question de la caractérisation de l’attaque du Hamas a immédiatement occupé l’espace public et s’est imposée pendant plusieurs mois. La reconnaissance du caractère terroriste de l’opération est devenue implicitement le code d’entrée à tout débat. Et il n’était pas permis de concéder au Hamas une part de résistance. L’horreur du crime commis, l’innocence des victimes, la répulsion que pouvait inspirer la prise d’otages semblaient a priori peu conciliables avec l’idée, généralement héroïsée, de résistance, portée de surcroît par un mouvement islamiste. Mais ce questionnement, loin d’être objectivé, a immédiatement pris la forme d’un lynchage en règle de quiconque se mêlerait de vouloir apporter la moindre complexité à un débat qui aurait pourtant exigé que l’on convoque l’histoire longue.

Pour réduire sa dépendance à Visa et Mastercard, l’Europe veut créer un « Airbus des paiements »

Pour réduire sa dépendance à Visa et Mastercard, l’Europe veut créer un « Airbus des paiements »

Introduction : L’Europe dépend largement des infrastructures de paiement américaines, Visa et Mastercard, qui représentent 61 % des transactions par carte dans la zone euro. Des initiatives comme Wero ou l’euro numérique cherchent à renforcer sa souveraineté, mais progressent lentement et suscitent des questions. Dans un contexte de concurrence géopolitique, comment l’Europe peut-elle affirmer son autonomie dans ce domaine ?… Il faut préciser que le duopole américain Visa et Mastercard représente 61 % des paiements par carte dans la zone euro, selon la BCE. On pourrait objecter que certains pays disposent de leurs propres réseaux, comme la France avec le réseau CB, l’Allemagne avec Girocard, ou encore la Belgique avec BPC, ainsi que la Norvège, le Danemark, le Portugal et l’Italie.

Les Kurdes syriens abandonnés

Les Kurdes syriens abandonnés

Introduction : Alors que les forces kurdes syriennes sont progressivement encerclées et désarmées, la France et ses alliés occidentaux multiplient les déclarations de soutien sans se donner les moyens d’agir. Sous couvert d’unité syrienne et de realpolitik, Paris accompagne de facto l’effacement de l’autonomie kurde au profit d’un régime centralisateur et islamiste à Damas. Entre abandon stratégique, calcul diplomatique et risque de chaos régional, le sort des Kurdes de Syrie révèle une nouvelle fois l’impuissance occidentale face à ses propres engagements.

Pourquoi le nouveau TikTok américain inquiète déjà ses utilisateurs

Pourquoi le nouveau TikTok américain inquiète déjà ses utilisateurs

Introduction : Nouveau propriétaire, nouvelles règles. TikTok aux États-Unis appartient depuis le 22 janvier à un conglomérat d’entreprises et investisseurs majoritairement américains. La Tribune a comparé les anciennes et nouvelles conditions d’utilisation et politiques de confidentialité pour y voir plus clair… En revanche, la proximité entre Larry Ellison, PDG d’Oracle (qui opérait déjà détient désormais 15 % du capital de TikTok) et Donald Trump fait craindre à une partie des utilisateurs que TikTok ne se transforme en outil de propagande d’État ou de surveillance. D’autant que ce changement de propriétaire s’accompagne de nouvelles règles contractuelles, que les utilisateurs doivent accepter pour continuer à utiliser l’application.

Dette et inégalités : la face cachée de la croissance dopée à l’IA

Dette et inégalités : la face cachée de la croissance dopée à l’IA

Introduction : Malgré l’aggravation des inégalités et les mauvais chiffres de l’emploi, l’économie américaine a affiché l’an dernier une croissance impressionnante de 4,3 %, portée en grande partie par le secteur de l’intelligence artificielle. Cette performance dissimule toutefois une dynamique reposant fortement sur l’endettement et les aides publiques. Symptôme des crises du capitalisme américain plutôt que d’une embellie réelle, elle peine à masquer les fragilités structurelles de l’économie des Etats-Unis.