Introduction : l n’y a pas d’idéologie officielle en Russie postsoviétique — l’article 13 de la Constitution l’interdit même expressément. Pourtant, un « poutinisme » collectif s’est constitué par strates depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin : souveraineté, démocratie souveraine, grandeur, russité, conservatisme, eurasisme, monde russe, Byzance, mémoire de la Grande Guerre patriotique.
Ce syncrétisme doctrinal s’est cristallisé à partir de 2010, dans un contexte de manifestations contre la Douma, d’intervention franco-britannique en Libye et d’exécution de Kadhafi : la Russie a alors quitté la posture de l’élève imitateur pour endosser la « toge virile » du maître.
Marlène Laruelle décrit un État de plus en plus autoritaire mais non totalitaire, où la nation a remplacé l’idéologie comme ciment principal — et où la formule « tout ce qui ne me contredit pas est avec moi » a succédé à l’ancien « ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi ».