La crise finale du libéralisme
Introduction : La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt et sa progression fulgurante en Allemagne a une nouvelle fois alimenté les commentaires sur le retour des années 1930 et les sempiternels appels au « barrage » pour « sauver la démocratie », jusqu’à envisager l’interdiction du parti. Des mots d’ordre vains tant l’essor de l’extrême-droite se nourrit d’un rejet profond du libéralisme politico-économique. Ayant abusé de l’endettement public pour compenser les baisses d’impôts des grandes entreprises et des grandes fortunes, ce régime a de plus en plus de mal à assurer le contrat social de base tant les taux d’intérêt deviennent élevés. La recette austéritaire, déjà appliquée depuis des décennies, et le pari du réarmement pour relancer l’économie, sont des impasses. Pour le sociologue allemand Wolfgang Streeck, le monde occidental est arrivé au stade final de la « polycrise » et seule une rupture économique profonde peut lui permettre d’éviter le règne de l’extrême-droite.
Extrait : Les États qui risquent de perdre leur solvabilité (selon les critères insondables des marchés) doivent désormais convaincre leurs citoyens d’accepter une austérité manifeste plutôt que latente. C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui partout dans le monde, à l’exception des États-Unis qui, en tant que détenteurs de la monnaie de réserve mondiale, peuvent imprimer des dollars à volonté, du moins jusqu’au krach inévitable… Tant que les forces de l’État et de la démocratie s’useront sur ce champ de bataille secondaire qu’est le « conflit entre démocratie et populisme », avec pour seul objectif de détourner l’attention des crises qu’elles ont elles-mêmes engendrées, l’AfD continuera de s’imposer sans difficulté. Cela vaut également pour la dernière version en date de la « démocratie militante » : ajouter à l’ennemi intérieur un ennemi extérieur (russe), tout en confondant autant que possible les deux à l’aide de théories du complot.