Élargissement : l’UE veut créer une mini-mondialisation au sein de ses frontières
Introduction :
L’Union européenne va s’élargir, c’est acté. Sur neuf pays candidats, quatre ont de très grandes chances d’adhérer d’ici 2030 : l’Ukraine, la Moldavie, l’Albanie et le Monténégro. Alors que les négociations traînaient depuis des années, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a rendu la question urgente pour la Commission européenne et plusieurs États membres, l’élargissement étant perçu comme un rempart géopolitique contre la Russie et une façon d’accroître le poids de l’Union européenne dans les négociations entre blocs. Présenté comme un bouclier géopolitique, cet élargissement aura des conséquences majeures pour la France : elle devra donner plus tout en recevant moins au budget européen ; son poids dans les votes à la majorité qualifiée sera dilué ; elle sera davantage isolée face à de nouvelles alliances pivots autour de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie ; elle subira une perte de compétitivité face à de nouveaux entrants aux salaires cinq fois inférieurs, et sera contrainte de faire un pas de plus dans l’engrenage de la fédéralisation… Et puis, surtout, comme ce fut déjà le cas avec les précédents élargissements vers l’Europe centrale et l’Europe de l’Est : élargir le champ du marché unique, c’est élargir les possibilités de localisation de chaînes de valeur dans des pays à bas coûts pour les multinationales européennes.
Extrait : L’Union européenne et son marché unique fonctionnent comme une super zone de libre-échange sans barrière douanière, sans mesure antidumping et avec le moins de barrières réglementaires possible entre les États membres. Cela signifie qu’élargir à un nouvel État revient à conclure ce super accord de libre-échange avec cet État et, en ce qui concerne cette nouvelle vague d’élargissement, avec des États dont les travailleurs ont des salaires inférieurs à ceux de la Chine… L’idée est donc de passer du « Made in China » au « Made in Europe », ce dernier ne voulant pas dire pour autant « Made in France ». L’idée est donc d’avoir « la Chine à la maison » et de recréer une mini-mondialisation au sein des frontières européennes, ce qui était déjà le cas lors de la vague d’élargissements de 2004.