« Grogne », « fièvre », « prise d’otage » : comment les médias font du peuple une menace

Introduction : Quand un gouvernement impose une réforme rejetée par une majorité de Français, les médias parlent de « réforme courageuse ». Quand des millions de personnes descendent dans la rue pour s’y opposer, ils les ramènent à une « grogne », terme qui évoque le grognement de l’animal. Entre ces deux registres, un fossé sémantique révélateur : d’un côté, la politique institutionnelle traitée comme un jeu noble et subtil ; de l’autre, la contestation populaire réduite à une pulsion bruyante, dangereuse, et illégitime. Voyage dans la langue antidémocratique des médias de masse…. Notons au passage que le singulier (« le peuple », « la rue », « la foule », etc.) traduit une tendance du monde médiatico-politique à ne pas tenir compte de la diversité des revendications et des voix. Le singulier crée l’effet d’un « troupeau » – ce vieux préjugé nietzschéen –, bruyant, vulgaire, dangereux, sujet seulement à d’irrépressibles émotions (la sempiternelle « colère » des enseignants, des personnels de santé, des syndicats…). Une masse d’individus sans volonté propre, presque sans agentivité et dépourvus de raison.

Extrait : C’est ainsi que revient, à chaque fois dans ce type de contexte, la notion de « conflit », lorsque « le peuple » s’oppose à des « élites » qui, elles, savent ce qu’il convient de faire. Ces dernières ,« modernes », « disruptrices » (sic) sont sûres de leur bon droit – comme d’ailleurs le sont toujours les bourgeois – tandis que le peuple serait archaïque et mériterait une meilleure dose de « pé-da-go-gie » (1). En bref : les gouvernants sont intelligents, les gouvernés des imbéciles.

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