L'État a engraissé des milliardaires qui veulent dominer la France - Marc Endeweld
Introduction : Journaliste d’investigation passé par Marianne et Le Monde diplomatique, Marc Endeweld a passé trois ans dans les coulisses de la place de Paris pour écrire L’Argent magique. Enquête sur les illusions du capitalisme français (Seuil, 2026). Il en revient avec un récit qui ruine le mythe de l’entrepreneur audacieux : celui d’une poignée de grandes familles et de fonds d’investissement que l’État perfuse sans relâche, et qui, à l’approche de 2027, regardent désormais vers l’extrême droite… Marc Endeweld n’y voit aucune contradiction, seulement la logique implacable du néolibéralisme, qui n’a jamais voulu la disparition de l’État mais sa mise au service d’intérêts privés… Un financier rencontré pour le livre parle sans détour d’une « socialisation du risque » : on demande aux simples citoyens d’affronter les vrais risques, de se passer d’assurance chômage, de traverser la rue pour trouver un emploi ou d’accepter des postes sous-payés, tandis que la finance sait que l’État viendra toujours à son secours… Le bilan que dresse Marc Endeweld est sans appel : les profits restent privés, et ce ne sont même plus seulement les pertes que l’on nationalise, ce sont les risques eux-mêmes que l’on fait porter à la collectivité… Le Crédit lyonnais, alors banque nationalisée, accompagne pendant des années l’ascension de Bernard Arnault, de François Pinault et de Vincent Bolloré. Arnault met la main sur l’empire Boussac, bradé avec la bénédiction de l’État, oublie ses engagements sur l’emploi, ferme les usines textiles et s’en sert de tremplin vers LVMH. Les nouveaux venus, de Rodolphe Saadé à Daniel Kretinsky, ont suivi le même chemin en récupérant à bon compte des actifs publics. Tous incarnent ce que le journaliste appelle une oligarchisation de la vie économique française…
Extrait : C’est à cette lumière que Marc Endeweld relit l’obsession actuelle pour la dette publique. Ce débat, tranche-t-il, est fait pour rendre les citoyens captifs, pour les culpabiliser et leur répéter qu’il n’y a plus d’argent et qu’il faudra encore des efforts. Or la France est un pays extrêmement riche, et plusieurs acteurs de la place lui ont assuré qu’il n’y avait jamais eu autant de capital dans le pays. Le problème, c’est qu’il n’a jamais été aussi mal affecté, ni au budget de l’État, ni à l’investissement de long terme dont l’industrie a besoin.
Note du rédacteur : Il faut dire que Mitterand était tout sauf de gauche !