Sénat : une « anomalie démocratique » au pouvoir croissant

Introduction : Depuis la dissolution de 2024, le Sénat a retrouvé un rôle primordial dans l’architecture institutionnelle française. Mais sa composition très conservatrice, due à son mode de scrutin, en a toujours fait l’adversaire des grandes réformes républicaines, puis progressistes, ainsi que de la simplification du mille-feuille territorial. Le contexte actuel ravive donc le vieux débat autour de sa suppression ou de sa réforme… D’autre part, ces élections intéressent peu car leur résultat est très prévisible : la composition du Sénat change peu au fil du temps et la domination de la droite et du centre est quasi éternelle. .. le RN n’a pour l’instant que trois sénateurs –, reflet de sa force croissante à l’échelle locale. La France insoumise (LFI) espère entrer pour la première fois à la chambre haute, mais ce pari est incertain. Pourtant, ces deux partis représentent ensemble environ la moitié de l’électorat à la présidentielle, et leurs candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ont de bonnes chances d’être au second tour l’an prochain… Certains départements attractifs, comme la Loire-Atlantique, la Haute-Garonne et l’Hérault, devraient avoir droit à deux sièges de plus, tandis qu’une dizaine de départements de la « diagonale du vide », mais aussi Paris et la circonscription des Français de l’étranger, devraient en céder. Un problème bien connu des sénateurs, mais qui n’a toujours pas été réglé, chaque groupe craignant des pertes.

Extrait : De manière plus classique, le Sénat a aussi bloqué plusieurs réformes majeures pourtant adoptées par l’Assemblée nationale et soutenues par une large majorité de Français. La « taxe Zucman », impôt plancher sur les grandes fortunes dont les recettes sont estimées entre 15 et 25 milliards d’euros, avait ainsi été votée par les députés en février 2025 grâce à l’abstention du RN, mais le Sénat l’a vite enterrée, à 188 voix contre 125. La nationalisation des aciéries ArcelorMittal est également bloquée dans la navette parlementaire : adoptée en octobre 2025 par l’Assemblée, elle a été rejetée peu après par le Sénat et, malgré un nouveau vote favorable des députés en début d’année, la droite sénatoriale fera tout pour rejeter à nouveau le texte ou l’enterrer dans un calendrier parlementaire réduit d’ici à la présidentielle. Dernier exemple : la régulation de l’installation des médecins, soutenue par 86 % des Français, a été votée à l’Assemblée en mai 2025, mais le Sénat l’a privée de sa mesure phare en juin 2026 et n’a même pas terminé ses débats sur le texte. La volonté d’une majorité de Français et de leurs représentants directs – pourtant extrêmement divisés sur de nombreux sujets – est donc régulièrement écartée par une assemblée de notables.

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