Libertés académiques, extrême droite et bascule universitaire

Introduction : À partir d’une analyse des libertés académiques Maxime Amblard montre comment contre-offensives réactionnaires et islamophobes, transformations managériales et logiques néolibérales convergent pour en restreindre l’exercice. Du contexte international à la situation française, il éclaire les mécanismes d’une mise au pas progressive du monde académique et interroge les conditions de possibilité des résistances à construire.

Extrait : Une première attaque directe a été portée par le président de l’époque, Nicolas Sarkozy et son fameux discours dans lequel il présentait les académiques comme entrés à l’université parce qu’il y avait de la lumière et du chauffage. Il faut comprendre qu’à ce moment-là, l’objectif est de disqualifier les académiques sur tous les champs. En 2016, Manuel Vals déclarait qu’il en avait marre que la sociologie développe une culture de l’excuse sous prétexte d’interpréter et de comprendre le monde. C’est la première déclaration publique d’un personnel politique explicitement contre les académiques sur leurs travaux, et il se trouve qu’il s’agissait de sciences humaines et sociales. En 2021, la ministre de l’ESR, Frédérique Vidal prétendait que l’université française était « gangrenée par l’islamo-gauchisme ». Ce qui se joue est la concrétisation de ce que la macronie a construit dès 2017, l’existence d’un récit national unique et homogène basé sur les « valeurs républicaines », valeurs non définies, qui ne peut souffrir d’aucun discours critique. En 2024, le nouveau ministre de l’ESR, Patrick Hetzel, qui est un universitaire, est critiqué pour ses positions publiques contraires aux principes scientifiques. Mais surtout, il a été co-porteur en avril 2024 de la demande de création d’une enquête relative à l’entrisme idéologique et aux dérives islamo-gauchistes dans l’enseignement supérieur. Il passe ainsi à une attaque administrative de la liberté académique, exactement comme le pratique les régimes d’extrême droite à l’international. Sa volonté est donc de s’attaquer idéologiquement au développement de certaines thèses et travaux.

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