Les Français dorment 6 h 50 en moyenne : « Le capitalisme produit l’épuisement, puis vend des solutions »
Introduction : D’un côté, tout un arsenal de dispositifs — montres connectées, applications — me permet de mesurer mon sommeil avec une précision redoutable : durée, cycles, nombre de réveils. De l’autre, cette même mesure nourrit une industrie entière qui me vend du calme. Tisanes « nuit tranquille », gélules de mélatonine, programmes de sophrologie… Ce marketing du repos est très révélateur : celui qui achète la tisane, c’est précisément celui qui n’a pas le calme. Le capitalisme produit l’épuisement, puis le recapte en lui vendant des solutions. C’est une boucle assez vertigineuse… Ce qui m’a interpellé dans l’association de prévention contre le suicide, c’est que le logiciel où l’on saisissait les appels — pour établir des statistiques — n’avait pas de catégorie « monde ». On pouvait classer un appel sous « difficultés amoureuses » ou « problèmes familiaux », mais pas sous « sentiment d’être désajusté par rapport à la société dans laquelle on vit ». Comme si cette cause n’existait pas. Or, pour moi, c’est la cause principale de notre épuisement : le fait que beaucoup de gens aient du mal à marcher de manière appropriée dans ce monde-là.