Le grand bluff des « valeurs » : les totems creux d'un capitalisme prédateur

Introduction : Les « valeurs » sont un des joujoux favoris de la valetaille médiatico-politique : « valeurs de la République », ânonnent les uns, « valeurs de la civilisation européenne », caquètent les autres. Et puis, il y a la « valeur-travail », bien sûr. Nicolas Sarkozy, grand serviteur pourtant d’une classe d’improductifs, de rentiers et d’assistés d’État, ne déclarait-il pas que « le travail, c’est une valeur essentielle […], c’est une émancipation » ?… Quel sens ont l’effort et le dépassement de soi à l’ère d’un techno-capitalisme qui encourage l’impulsion, l’assouvissement instantané des désirs et le consumérisme sans frein ? Quel sens a une École « républicaine » assiégée par les smartphones et la publicité, que nos prétendus « républicains » laissent prospérer ? Ce n’est pas le règne de la République – la chose publique – qu’ils organisent, mais celui des intérêts et de la propriété privés : le règne du marché… C’est l’éthique cynique du rentier qui s’exprime lorsque Nicolas Sarkozy avance que « le travail, c’est un moyen de conquérir sa liberté », ou quand Emmanuel Macron, son meilleur successeur, parle de « vivre libre et travailler » alors même que les salaires stagnent, que la précarité explose et que les bullshit jobs prolifèrent… Les fétichistes des « valeurs » s’insurgent contre l’« incivisme » tout en faisant silence sur l’optimisation fiscale. Ils déplorent le « laxisme » éducatif, mais laissent les enfants livrés aux nuisances cognitives de l’usage incontrôlé du smartphone. Ils regrettent la « perte du sens de l’effort » tout en précarisant le travail.

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