La fin de l'utopie libérale - Michel Bourdeau
Introduction : Les ouvrages sur le libéralisme contemporain ne manquent pas et il est difficile de ne pas y croiser Friedrich Hayek, qui en fut le principal inspirateur. Ils sont toutefois peu nombreux à s’arrêter sur son œuvre… Le monde dans lequel nous vivons est le résultat d’un patient travail, commencé dans le monde des idées, et dont le maître d’œuvre a été Hayek. Celui-ci a d’abord développé une approche cognitive de l’économie : le prix, sur un marché, est un moyen de transmettre des informations. Mais Hayek est aussi un adversaire irréductible du socialisme ; c’est pour le combattre qu’il a proposé de faire du libéralisme une utopie et qu’il est devenu sociologue. Il s’est aussi toujours intéressé aux questions de méthode, ce qui l’a conduit à accorder une place centrale à l’idée d’ordre spontané, dont le marché est le prototype. L’utopie libérale, c’est la Grande Société, une société d’hommes libres, pluraliste et ouverte, mais la main invisible a besoin du bras armé du droit. La justice sociale faisant obstacle à l’avènement de la Grande Société, le libéral se doit de la combattre, mais il a pour cela besoin de l’intervention de l’État. Le but avoué est de détrôner la politique et de mettre l’État sous la surveillance du marché.