Qui a volé le Monopoly ?
Introduction : C’est le jeu de société le plus rentable de tous les temps : plus de 300 millions d’exemplaires vendus et autant de familles fâchées à vie. Mais derrière les billets colorés du Monopoly se cache un immense braquage idéologique. A l’origine, le Monopoly était une arme de guerre anticapitaliste imaginée par une militante féministe pour déceler les failles de la propriété privée. Retour sur une utopie de gauche détournée. La véritable architecte du jeu, c’est Elizabeth Magie. Trente ans avant le prétendu miracle de Darrow, cette sténographe, poétesse et féministe, déposait le brevet du Landlord’s Game (Le Jeu du Propriétaire). Lizzie n’était pas une marchande de jouets, mais une militante. Elle a d’ailleurs fait parler d’elle en faisant paraître une annonce dans laquelle elle se propose au plus offrant, pour dénoncer le mariage comme seule option pour les femmes. Elle suivait les idées d’Henry George, un économiste qui pensait que la terre devait être un bien commun et que les propriétaires devaient payer une taxe pour financer les services publics. Pour Lizzie, le jeu était une démonstration par l’absurde. Elle avait imaginé un plateau avec deux règles qui s’affrontaient. Dans la version « Prospérité », tout le monde gagnait ensemble dès que le joueur le plus pauvre doublait sa mise : l’argent des achats allait dans un pot commun pour le bien de tous. À l’opposé, il y avait la règle « Monopole », celle que l’on connaît, où le but était d’accumuler tout le capital et de ruiner les autres. Pour elle, cette seconde règle était un avertissement, une preuve de la violence du système. Elle espérait qu’en se ruinant virtuellement, les joueurs finiraient par ouvrir les yeux sur les inégalités du monde réel et demanderaient des réformes. Magie ne laisse d’ailleurs aucun doute sur l’intention de son jeu. Il est pour elle « une démonstration pratique du système actuel d’accaparement des terres avec tous ses résultats et ses conséquences habituelles ».