« L’Islam politique au service de l’impérialisme » ? La Turquie au sein de l’OTAN

Introduction : La Turquie, qui a accueilli le sommet de l’OTAN début juillet, dispose de la deuxième armée de l’Alliance. Son rôle stratégique dans un ordre mondial dominé par les États-Unis l’emporte depuis longtemps sur les inquiétudes liées à son manque de normes démocratiques. Mais il y a plus : en Turquie, impératifs de sécurité extérieure et autoritarisme interne ont eu tendance à se renforcer plutôt qu’à s’opposer. Par Oğul Tuna, traduction par Alexandra Knez… Les responsables n’ont cessé d’insister sur les risques sécuritaires liés au sommet. Mais l’ampleur de la répression a révélé un phénomène plus profond : des centaines de personnes ont été interpellées lors d’opérations menées en amont du sommet, parmi lesquelles des universitaires, des journalistes, des avocats, des syndicalistes et diverses personnalités de la société civile – bien loin de représenter une menace physique quelconque. Ces éléments ne mettent pas seulement en évidence l’érosion de l’État de droit en Turquie : ils rappellent aussi l’importance persistante d’Ankara au sein de l’Alliance. Alors que les dirigeants de l’OTAN répètent que l’organisation repose sur des valeurs communes de démocratie et d’État de droit, la répression en Turquie n’a que rarement questionné la position de ce pays au sein de la coalition. La raison en est évidente. La Turquie dispose de la deuxième plus grande armée de l’OTAN, contrôle l’accès entre la mer Noire et la Méditerranée, partage des frontières avec le Moyen-Orient et le Caucase, et conserve une influence diplomatique qui s’étend de l’Ukraine à la Syrie. Sa valeur stratégique l’emporte depuis longtemps sur les préoccupations relatives aux droits de l’homme ; et elle ne fait que croître… En 1952, la Turquie n’était plus seulement un bénéficiaire de la sécurité occidentale : elle était devenue un État frontalier militarisé. Ses atouts résidaient dans ses effectifs militaires, son anticommunisme, ainsi que sa proximité géographique avec l’Union soviétique, les Balkans, le Caucase et le Moyen-Orient… Tel était le paradoxe de l’ordre établi après 1980 : non pas la victoire de l’islamisme sur l’État, mais plutôt l’utilisation de l’Islam par l’État à des fins anticommunistes.

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