Les banques mafieuses se gavent pendant que la crise se rapproche
Introduction : Économiste, historien de la dette et porte-parole du CADTM, Éric Toussaint décrypte la façon dont la finance privée a patiemment pris le pouvoir sur nos sociétés. Il décrit une mécanique d’irresponsabilité organisée, une impunité de classe et une crise majeure qui se prépare. Mais il refuse la fatalité : des solutions existent, à condition de cesser de parler la langue des banques… Elles servent d’abord à une chose : l’accumulation maximale de profits, au bénéfice d’un secteur qui vit de rente, de spéculation et de prise de risque. Il rappelle que le vrai criminel n’est pas tant celui qui braque une banque que le banquier lui-même. Cette phrase résume la thèse de l’entretien : la finance contemporaine s’est déconnectée de l’utilité sociale qu’elle revendique.
Extrait : Toussaint situe le basculement dans l’offensive néolibérale des années 1980. Après la crise de 1929, le New Deal puis les reconstructions européennes d’après-guerre avaient bâti des garde-fous : séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, contrôles, règles de prudence, tout un dispositif pensé pour que la catastrophe ne se répète pas. À partir des années 1980, ces digues sont méthodiquement abattues, jusqu’au démantèlement de la séparation outre-Atlantique, relayé en Europe par des traités qui inscrivent dans le marbre la prééminence du grand capital financier.